
081215 Mes pas dans ses traces
Il a tant plu dimanche qu'on a regardé les gouttes se transformer en rivières derrière nos vitres. Privés de montagne !
Et si c'était de la neige à Larrun ?
Le lendemain, profitant d'une éclaircie annoncée entre deux perturbations, on se risque avec nos quatre pneus neige tout neufs, pelle, chaînes et crampons .
Dès St Jean de Luz le sommet se détache sur un ciel bleu qu'on croyait a jamais disparu. Tout est blanc au moins à partir des Trois Fontaines.
A la bergerie, ouverte, on chausse crampons et guêtres, traversons le gué de la biotope, croisons le premier tôt levé ( parti après avoir déposé les enfants à l'école )
- La venta est ouverte, précise s'il, laconique, et il y a pas mal de neige en haut.
L' Urshuia se prend pour le Fudji Yama, quand on traverse la voie ferrée et abordons la vraie montée par le sentier d'Émile dissimulé ( le sentier, pas Emile ) sous la neige.
Une neige de plus en plus épaisse. Heureusement, on connaît par coeur le passage entre la voie et les poteaux mais on enfonce dans des congères ou des trous de neige avec pour seules balises les gros rochers transformés en choux à la crème qui jalonnent notre parcours. Et trois pottoks cherchant l'herbe sous cet édredon blanc.
-Et si on retournait par le petit bois suggère mon mentor qui fait la trace
-Et si on montait droit face à la crête, on serait mieux que sur ce devers ( et je n'aime pas trop les descentes quand on doit monter )
Tout droit, c'est un escalier, on enfonce tout autant mais ça devrait durer moins longtemps, avec les crampons, on taille de belles marches.
Toutes les trente marches, on reprend souffle et on recommence. Avec en tête l'idée qu'avec si peu de monde sur les pentes, la venta ne restera pas ouverte très longtemps.
Ouf, notre amie tient la porte des deux clients qui repartent sur l'Espagne
- J'allais fermer mais venez vous réchauffer, je vous sers ce que vous voulez
Moscatel, bouillon chaud, omelette aux pommes de terre .
-Sais-tu qu'on a mis quatre heures pour arriver ici ? Un record !
-Nous aussi, on a dû laisser la voiture bien en dessous du col et monter à pied
Elle n'a pas pris le temps de passer sa serpillière sur les carreaux que nous avions mouillés , elle a baissé le store de fer et a filé vers l'Espagne d'un pas décidé.
-Assez piétiné dans la neige, on reprend le train au retour, je suppose ?
Effectivement, la voie n'est pas dégagée mais presque praticable et dans ce brouillard qui monte on ne se perdra pas.
Descente aisée mais le plus drôle c'est que le petit train était arrivé jusqu'au col des Trois fontaines . Trois gars hilares nous regardaient patauger dans la poudreuse depuis un moment.
-Alors c'était comment là-haut ?
-Superbe . Et vous ? Le train a refusé de monter plus haut ?
-Trop de neige ! Et puis, on avait de quoi s'occuper ici .
On est reparti chacun de son côté, eux, calfeutrés dans le wagon, nous, patouillant dans la neige .
Passant la rivière, Charles décide d'ôter les crampons pour les nettoyer un peu avant de les ranger. Assise sur un rocher je décroche le premier et tombe dans l'eau sur le côté, histoire d'en goûter la température et de tester mon équipement.
-Mais quelle idée ! Pourquoi nous faire déchausser ici ?
-Ça ne pouvait pas attendre la bergerie ?
Je ne sais même pas si l'eau était froide .
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